Petites réflexions concernant les grades en karaté

A lire et à méditer sans modération !!!

 

Extrait de "La vraie signification des grades en karaté", Antonio Guerrero, Professeur de Karate 5ème Dan - BEES 2.

 « Au XVIème siècle, un principe de hiérarchie dans les arts martiaux japonais fut introduit, sous le nom de “Menkyo”. Le Maître remettait alors à son disciple un certificat sous forme de rouleau calligraphié, attestant la transmission technique et mentale de son art (avec 3 à 5 niveaux). Ce système de “titres” est encore utilisé aujourd’hui dans certaines écoles traditionnelles.

La classification des grades telle qu’on la connait aujourd’hui, et les ceintures (“obi” en japonais) n’existaient pas dans les “Budo” (et a fortiori, pas dans l’ancien karaté d’Okinawa). En effet, c’est à la fin du XIXème siècle que le “Kyudan”, système des grades et des titres qui accompagnent de nos jours la progression du pratiquant, a été introduit. Il se divise en deux catégories :

Les Kyu : pour les élèves qui sont dans les premiers niveaux de la progression, appelés “Mudansha”

Les Dan : pour les pratiquants ayant une expertise (“Yudansha”) jusqu’à une maîtrise (“Kodansha”)

C’est Jigorō Kanō (1860 – 1938), fondateur du Judo, qui adapta et modernisa ce système de grades, au sein du Dai Nippon Butoku Kai (organisation regroupant tous les arts martiaux japonais). En 1926, ce fut appliqué au karaté par Gichin Funakoshi (1868 – 1957), lorsqu’il commença à enseigner au Japon.

 Le système des Dan

Allant en ordre croissant, le “dan” (段 : étape, niveau, grade) indique la progression après l’obtention de la ceinture marron (1er kyu), soit du 1er au 10ème dan. Le dan est symbolisé par le port d’une ceinture noire et il est décerné lors d’un examen fédéral (départemental, ligue, régional, national) devant un jury composé de 3 membres : par respect, demandez l’aval à votre professeur avant de vous y présenter. A partir du 8ème dan, il n’y a plus d’examen, l’attribution étant faite par la fédération, à titre honorifique. Les grades supérieurs marquent la valeur technique, mais aussi mentale et morale. »

 

 Extrait de l’interview donné par Francis Didier, président de la FFKDA, pour le Karate websine n°39 d’octobre 2010.

« OKM : D’où viennent les grades ? FD:C'est Jigoro Kano, créateur du judo, mais surtout grand esprit qui a voulu rassembler les arts martiaux, et au-delà tous les arts, les « voies » de son pays. C’était un homme moderne qui comprenait le sens de l’évolution de son époque et l’accompagnait. Il fut le premier président du Comité Olympique du Japon et son pays lui doit les Jeux de 1964, des années après sa mort. Lui-même était, un peu comme nous, à cheval entre le sport et la culture traditionnelle dont il avait compris la valeur. Il n’a jamais cessé d’ouvrir et d’avancer, mais sans renoncer à l’essentiel de la culture et des connaissances du passé. Nous lui devons notre tenue et nos grades.

Que symbolisaient-ils dans son esprit ? Le sens particulier de la pratique martiale, qu’il a clarifié toute sa vie. C’est lui qui a utilisé et popularisé le mot « do », qui exprime qu’une pratique qui devient une « voie » vise un double objectif, inséparable et interagissant l’un avec l’autre : le développement technique et celui de l’esprit. Ce que les Japonais désignent aussi par l’expression « Ki Kentai Ichi », « l’esprit, la technique — au sens de l’arme — et le corps ensemble ». Avec notre héritage chrétien, nous voyons les choses dans la dualité, le corps d’un côté, la tête de l’autre… Nous faisons des cases là où les Orientaux voient une unité.

Que disent nos grades de la discipline ? Ils manifestent la prédominance de l’esprit. C’est la spécificité des arts martiaux. Il y a sans doute à peu près la même dynamique dans la pratique des boxes par exemple, les mêmes bienfaits à en retirer, mais ce n’est pas exprimé dans la culture de ce sport. Dans notre discipline, le but est clair et il serait bon que les pratiquants ne perdent jamais de vue cet aspect des choses. Notre pratique quotidienne est le véhicule de cet objectif double, technique, mais aussi mental. Sous tous ses aspects : La compétition est un test physique, technique, mais aussi mental – et c’est pourquoi la défaite est noble parce qu’elle permet une remise en question. Une séance sans concentration, c’est une occasion gâchée et un signe de faiblesse. Le dojo est l’espace symbolique de ce travail à double effet. Il faut s’efforcer de laisser les scories du monde extérieur en dehors.

Le grade, c’est donc d’abord un symbole fort ? Je crois qu’il est important pour chacun de s’interroger sur le sens de son grade. Sur sa signification symbolique. Le grade n’est pas une série de diplômes où l’on va du premier au dixième échelon comme dans la mentalité occidentale. C’est une progression circulaire, en quelque sorte. Une sphère, un cercle, comme celui formé par la ceinture nouée, dans lequel on commence ceinture blanche et l’on finit ceinture blanche, parcours accompli. »